Entre 4 % et 20 % des personnes infectées par le virus développent un Covid long. Cette affection se caractérise par une fatigue persistante, des troubles cognitifs, des palpitations cardiaques ou encore des douleurs articulaires et musculaires qui s'étirent sur des mois, voire des années. Jusqu'à présent, les mécanismes exacts de cette pathologie restaient débattus. Une récente étude menée par l'hôpital Mount Sinai et publiée le 28 mai dans la revue scientifique Cell apporte un éclairage inédit : chez un sous-groupe de patients, les symptômes sont directement causés par une réaction auto-immune.
Une origine auto-immune démontrée
Pour comprendre l'implication du système immunitaire, les chercheurs ont mis au point une expérience de transfert. Ils ont prélevé et purifié les anticorps sanguins de 87 patients diagnostiqués avec un Covid long, avant de les perfuser à des souris de laboratoire saines. Les résultats ont montré que les animaux développaient rapidement des symptômes physiques similaires.
Cette démonstration biologique prouve que des auto-anticorps, c'est-à-dire des anticorps qui attaquent les propres tissus de l'organisme, sont responsables des troubles physiques observés. Ce mécanisme rappelle d'autres pathologies où le corps s'attaque à lui-même, les maladies auto-immunes étant définies par une hyperactivité du système immunitaire contre ses propres cellules.
Des traitements ciblés en vue
Avant cette découverte, les médecins manquaient de critères pour prédire quels patients répondraient aux immunothérapies. La présence de ces auto-anticorps circulants agit désormais comme un biomarqueur quantifiable. Cela permet d'identifier les candidats idéaux pour des traitements régulateurs du système immunitaire.
Les scientifiques envisagent de repositionner des thérapies déjà validées. Parmi elles, les immunoglobulines intraveineuses (IVIG) pour équilibrer la réponse immunitaire, les inhibiteurs du FcRn pour réduire le nombre global d'anticorps, ou encore la plasmaphérèse, une technique permettant de filtrer physiquement le sang. Des approches plus avancées, comme la thérapie cellulaire CAR-T, sont également à l'étude pour modifier génétiquement les lymphocytes T afin de détruire les cellules sécrétant ces auto-anticorps nocifs.
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Un avertissement de santé publique
Au-delà des perspectives thérapeutiques, cette étude soulève une question de sécurité concernant les dons de sang et de plasma. Au Royaume-Uni, les personnes souffrant de Covid long sont strictement exclues du don de sang. Aux États-Unis, cette restriction n'existe pas encore. Les auteurs de l'étude alertent sur le risque potentiel que représente le plasma contenant des auto-anticorps actifs pour les receveurs, appelant à une mise à jour rapide des politiques de santé publique.
