Lettre à ma femme migraineuse

Lettre à ma femme migraineuse

Ton excuse : « j’ai la migraine »

Ma douce,

Voilà bientôt 20 ans que nous sommes mariés et autant de temps que je t’entends régulièrement me dire : j’ai la migraine. Au début, j’étais compatissant et je voulais t’aider. Le temps passant, je me disais que tu devais être bien fatiguée pour invoquer toujours la même excuse.

Il m’arrivait de penser que tu n’avais probablement pas envie de faire les tâches domestiques et qu’une migraine, c’est bien pour rester au lit. Il m’est aussi arrivé de penser que c’est bien pratique d’avoir la migraine en fin de journée ou pendant le week-end quand on passait du temps ensemble. Et puis, je suis passé à autre chose.

Puis, ta migraine est devenue une habitude. Toutes les semaines, j’entendais ta petite voix me dire que tu avais encore mal à la tête, encore une migraine qui se préparait. Je savais alors que tu allais probablement restée couchée quelques heures, me laissant la charge de récupérer les enfants (ce qui ne me dérange absolument pas d’ailleurs), de préparer le diner, de gérer le foyer, tout en remplissant mes propres obligations, en plus des tiennes. Puis, tu réapparaîtrais, le teint gris et les yeux gonflés, preuves qu’il se passait bien quelque chose dans ta tête.

Je me souviens t’avoir accompagnée chez le premier médecin puis un second et tout un tas d’autres spécialistes et plus tard, à l’institut. Mais rien n’y faisait. Je me souviens même t’avoir même posé la question : « Tu es sûre que tu as vraiment mal à la tête ? » Bien que tes migraines aient diminuées en nombre, celles qui te restaient étaient visiblement colossales, te clouant au lit pendant de longues heures, voire des jours parfois.

Pourtant, je ne t’ai jamais entendue te plaindre. Tu as supporté, durant toutes ces longues années, cette douleur que je ne comprenais pas. Puis, avec la lassitude de devoir vivre à 3 (toi, moi et ta migraine), je commençais, moi aussi, à avoir la tête qui tournait. J’ai été pinçant, grinçant, méchant et probablement fatiguant aussi. Mais tu as pris ces mots violents sur toi et tu les as transformés en sourires bienveillants, en paroles douces et aimantes.

Mon excuse : « j’ai la migraine »

Aujourd’hui, me voilà allongé dans le noir, les larmes aux yeux et un marteau piqueur situé juste sous le cuir chevelu. Le moindre bruit me laboure le crâne, et une simple odeur me donne envie de rendre des trucs que j’aurai mangé l’an dernier. Tu viens me voir toutes les demi-heures pour me remettre un linge humide sur le front et me caresser la joue en me répétant que ça va passer. Tu es si douce.

Mais ça ne passe pas. C’est tellement douloureux. Si perçant que même la rotation de la planète me fait du mal. Je ne sais pas combien d’heures se sont écoulées avant que je puisse enfin ouvrir les yeux sans avoir une brume épaisse à la place du cerveau. Mais, je pouvais à nouveau entendre mes pensées et former des phrases cohérentes. Ce ne sont pas les médicaments qui m’ont soulagé ni les remèdes de grand-mère mais ce sont bien la douceur de tes mains. J’en suis sûr et certain.

J’ignorais que l’excuse de la migraine serait si lourde à porter. Aujourd’hui, je le sais. Je ne regrette pas mes pensées passées sur ton état parce que les regrets ne permettent pas de grandir. Toutefois, maintenant, je comprends car je l’ai vécu. Et je peux dire que tu es une personne forte pour avoir supporter cela pendant si longtemps.

Je t’aime.

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