Epidémiologie de la migraine

Epidémiologie de la migraine

04 November 2020

La migraine est une maladie qui n’épargne aucune civilisation, on en retrouve des témoignages depuis les débuts de l’histoire écrite. Ce qui fut un handicap pour César, Kant ou Freud, mais également une réalité quotidienne de la vie de millions d’anonymes.

Au deuxième siècle de notre ère, Aretê décrivait une hétérocrânie provoquant « des symptômes inconvenants et atroces, des nausées ; des vomissements de matières bilieuses ; l’effondrement du patient » et décrit ce dernier comme un malade plongé dans une grande torpeur d’angoisses (Sacks et al. 1999).

Le terme hétérocrânie a été utilisé pendant des siècles avant que ne l’emporte la désignation « hémicrânie », faisant référence à un mal unilatéral. Progressivement, le terme « megrim » a supplanté l’hémicrânie, puis a évolué en « migraine », terme que nous utilisons encore aujourd’hui.

 

Pas seulement une céphalée

On constate à travers l’évolution de cette nomenclature, que l’accent est particulièrement mis sur les céphalées. Le terme de migraine ne rend cependant pas compte de la complexité de cette pathologie. Le mal de tête est un symptôme qui n’est pas nécessaire à son diagnostic. En effet, le complexe migraineux englobe toutes sortes de syndromes distincts qui impliquent à la fois le système nerveux central, périphérique et autonome.

Lors d’un accès de migraine, tout le cerveau semble entrer dans un état d’hyperexcitabilité transitoire. Le mal de tête est le symptôme le plus fréquent de la migraine commune, autour duquel se rassemble tout un éventail d’autres symptômes comme les nausées, les vomissements, les douleurs abdominales, ou les changements d’humeur…

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Epidémiologie de la migraine : des critères de diagnostic précis

L’élaboration de critères de diagnostic de la migraine par l’International Headache Society (IHS) (ICHD-3 2018) a permis de définir plus précisément cette affection qui se subdivise en deux grandes formes cliniques : la migraine sans aura, où la clinique est dominée par des crises de céphalées ayant des caractéristiques précises, et la migraine avec aura typique.

Les autres formes cliniques de migraine sont moins fréquentes et nécessitent souvent des examens d’imageries complémentaires. Il s’agit de la migraine avec aura du tronc cérébral (ou migraine basilaire), de la migraine hémiplégique, de la migraine rétinienne et de la migraine chronique.

Les complications de la migraine constituent aussi des tableaux cliniques très variés : aura persistante sans infarctus, infarctus migraineux, ou encore épilepsie (Ducros 2006). La complexité du diagnostic de migraine réside surtout dans l’exclusion de pathologies plus graves pouvant reproduire des signes similaires. L’importance d’un examen clinique approfondi est donc primordiale et passe avant tout par une étude du comportement du patient.

Durant une crise, le patient migraineux recherche le calme, la pénombre, la position allongée. Certaines céphalées comme l’hypertension intracrânienne sont par exemple aggravées par la position allongée, alors que d’autres au contraire apparaissent en position verticale et sont soulagées en décubitus, comme c’est le cas pour l’hypotension du liquide céphalorachidien (Géraud 2015).

Dans le cas des algies vasculaires de la face, le patient est agité et le repos n’atténue en rien sa douleur (May et al. 2018). Ces observations et une évolution par crise, permettent d’orienter le praticien sur un diagnostic de migraine. Par la suite, l’examen clinique doit être approfondi par un bilan neurologique et particulièrement par un examen du fond de l’œil, à la recherche d’hémorragie ou d’œdème papillaire (Géraud 2015; Lanteri-Minet et al. 2013).

La recherche de paralysie oculomotrice, de perte de sensibilité ou d’équilibre permet d’affiner l’examen. Finalement, le diagnostic de migraine se fait par exclusion progressive des autres pathologies de céphalées primaires ou secondaires.

En cas de doute, un scanner cérébral et une ponction lombaire permettront d’exclure une origine vasculaire ou infectieuse.

 

2e pathologie la plus invalidante au monde

En France, le taux de migraineux a été évalué entre 8 et 11 % de la population si l’on considère la migraine « stricte », c’est-à-dire correspondant précisément à tous les critères de la migraine, mais si l’on considère la migraine « probable », qui correspond à tous les critères sauf un, la prévalence peut atteindre jusqu’à 20 % (Stovner et al. 2007; Lanteri-Minet et al. 2013). Ceci place les céphalées au second rang mondial des pathologies les plus invalidantes tous sexes confondus (Davoine 2016). Cette prévalence semble stable dans le temps, mais est variable en fonction des origines géographiques.

C’est en Europe et Amérique du Nord que la prévalence est la plus importante, vient ensuite l’Afrique et l’Amérique du Sud, puis en dernier l’Asie (Géraud 2015). Ces différences peuvent s’expliquer culturellement et par des facteurs génétiques. Au sein d’une même population, la prédominance féminine pour la migraine est à chaque fois retrouvée. À l’âge adulte, le ratio selon le sexe est de 1 homme atteint pour 3 femmes (Lanteri-Minet et al. 2013). Toutefois, cette prédominance féminine n’apparaît qu’après la puberté, suggérant un rôle important des hormones (Todd, Lagman-Bartolome, et Lay 2018).

La variabilité de la prévalence migraineuse se traduit également par son augmentation dans la première partie de la vie, avec un maximum de patient migraineux entre 30 et 50 ans (Géraud 2015). Ceci explique aussi l’impact socio-économique important de la migraine, du fait qu’elle touche essentiellement la population active. Les dépenses directes et indirectes liées à l’absentéisme pour migraine représentent un coût de santé publique de plus de 40 milliards d’euros à l’échelle européenne en 2010 (Gustavsson et al. 2011).

Outre le coût économique dû à l’absence professionnelle, l’impact sur la qualité de vie est aussi considérable. En 2016, une analyse évaluant l’impact sur la qualité de vie de 328 pathologies a classé la migraine en seconde position (Vos et al. 2017).

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Davoine, Dr ELISE. 2016. « Migraine : des recommandations générales à la prise en charge pratique ». REVUE MÉDICALE SUISSE, 5. Ducros, A. 2006. « Migraine ». EMC - Neurologie 3 (1): 1‑15. https://doi.org/10.1016/S0246-0378(06)39459-6. Géraud, Gilles. 2015. Les Céphalées en 30 leçons. Elsevier Masson. Ebreges. Gustavsson, Anders, Mikael Svensson, Frank Jacobi, Christer Allgulander, Jordi Alonso, Ettore Beghi, Richard Dodel, et al. 2011. « Cost of Disorders of the Brain in Europe 2010 ». European Neuropsychopharmacology 21 (10): 718‑79. https://doi.org/10.1016/j.euroneuro.2011.08.008. ICHD-3. 2018. « Headache Classification Committee of the International Headache Society (IHS) The International Classification of Headache Disorders, 3rd Edition ». Cephalalgia 38 (1): 1‑211. https://doi.org/10.1177/0333102417738202. Lanteri-Minet, M., D. Valade, G. Géraud, C. Lucas, et A. Donnet. 2013. « Prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine chez l’adulte et chez l’enfant ». Revue Neurologique 169 (1): 14‑29. https://doi.org/10.1016/j.neurol.2012.07.022. May, Arne, Todd J. Schwedt, Delphine Magis, Patricia Pozo-Rosich, Stefan Evers, et Shuu-Jiun Wang. 2018. « Cluster Headache ». Nature Reviews. Disease Primers 4: 18006. https://doi.org/10.1038/nrdp.2018.6. Sacks, Oliver. 1999. Migraine. Edition du Seuil. Paperback. New York: Vintage. Stovner, Lj, K. Hagen, R. Jensen, Z. Katsarava, Rb Lipton, Ai Scher, Tj Steiner, et J.-A. Zwart. 2007. « The Global Burden of Headache: A Documentation of Headache Prevalence and Disability Worldwide ». Cephalalgia: An International Journal of Headache 27 (3): 193‑210. https://doi.org/10.1111/j.1468-2982.2007.01288.x. Todd, Candice, Ana Marissa Lagman-Bartolome, et Christine Lay. 2018. « Women and Migraine: The Role of Hormones ». Current Neurology and Neuroscience Reports 18 (7): 42. https://doi.org/10.1007/s11910-018-0845-3. Vos, Theo, Amanuel Alemu Abajobir, Kalkidan Hassen Abate, Cristiana Abbafati, Kaja M. Abbas, Foad Abd-Allah, Rizwan Suliankatchi Abdulkader, et al. 2017. « Global, Regional, and National Incidence, Prevalence, and Years Lived with Disability for 328 Diseases and Injuries for 195 Countries, 1990–2016: A Systematic Analysis for the Global Burden of Disease Study 2016 ». The Lancet 390 (10100): 1211‑59. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(17)32154-2.

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